La question du travail du dimanche pose celle de notre modèle de société...

Elle a fait débat lors du Conseil Municipal du 12 décembre dernier qui devait délibérer, ainsi que le prévoit la loi, sur le nombre d'ouvertures dominicales des magasins et hypermarchés de la commune pour 2017. Rencontre avec Célia Monseigne qui répond à nos questions sur la motivation du Conseil mais aussi sur sa position personnelle en tant que citoyenne.

Qu'a décidé le conseil municipal le 12 décembre ? 

 

D'autoriser les commerces de détails de la commune à ouvrir 7 dimanches en 2017 dont les dimanches 24 et 31 décembre, et donc d'autoriser le travail ces dimanches-là.

 

Quels sont les éléments qui ont motivé cette décision ?

 

  • D'abord la métropole a autorisé l'emploi de salariés 9 dimanches en 2017, et d'autres communes alentours, 12 dimanches. Ne pas autoriser les commerces de St-André à faire travailler les salariés volontaires le dimanche les aurait mis en difficulté. Les habitants de St-André seraient allés acheter ailleurs au détriment d'entreprises qui constituent la richesse économique locale.
  • Ensuite, nous essayons avec la Communauté de Communes, qui a la compétence économique, de travailler en bonne intelligence avec les enseignes commerciales, à la fois sur l'emploi local mais aussi sur l'accueil de stagiaires et d'apprentis. Leur refuser d'ouvrir le dimanche porterait atteinte à cette entente.
  • Enfin, avec l'extension de périmètre de notre intercommunalité aux communes touristiques du Bourgeais, nous aurons une réflexion économique à mener sur le tourisme commercial. Il faut rappeler ici l'unanimité des habitants et des acteurs locaux autour du projet de village de Marques, qui, s’il venait à voir le jour, serait ouvert tous les dimanches.
  • En toute responsabilité, le conseil municipal a souhaité être cohérent et ne pas injurier l'avenir.La maire que je suis, le remercie de ce vote.

Les élus communistes se sont opposés à ce vote. Entendez-vous leurs arguments ?

 

Bien sûr ! Ils invoquent plusieurs arguments que je respecte :

  • le choix réel de certains salariés qui seraient contraints de travailler le dimanche sous peine de perdre leur emploi ou de subir d’éventuelles pressions,
  • la concurrence imposée aux petits commerçants et artisans par les grandes surfaces,
  • le refus de la surconsommation
  • et le fait que le dimanche est un temps pour soi et pour sa famille.

Votre décision a été prise en tant qu'élue devant appliquer la loi. Mais quelle est la position de la citoyenne Célia Monseigne?

 

  • Ma position sur l'élargissement des ouvertures dominicales du commerce est beaucoup plus nuancée. La consommation ne peut pas, à mes yeux, faire société. La citoyenneté s'exerce dans l'engagement, l'effort, la curiosité, la solidarité. La cohésion sociale s'obtient par des valeurs partagées (la coopération et le respect dans le sport par exemple), dans des lieux porteurs de sens (l'école, le musée, la médiathèque, ...)
  • Laisser croire aux gens qu'être intégré, c'est consommer, que ce qui est important c'est d'avoir avant d'être, est un funeste discours.
  • Dans notre société où les inégalités économiques et sociales se creusent, on voit bien ce que provoque cette injonction à consommer : de la frustration et de la colère. Vraiment, je préférerais que les français de tout âge passent leurs dimanches dans nos forêts, nos montagnes ou nos campagnes. Qu'ils participent à la vie locale, à la vie sportive, qu'ils lisent ou fassent de la musique... notre monde s'en porterait d'autant mieux !
  • Sincèrement, je pense que nous n'aurons pas d'avenir sans décroissance.

 

Un peu d’histoire

En France, le droit au repos dominical est accordé aux salariés (avec des exceptions pour les services de secours, de santé, hôteliers, et quelques autres) depuis 1906. Le secteur du commerce bénéficie de dérogations à l'application de ce droit depuis 1934, où déjà, les maires pouvaient autoriser l'ouverture des commerces 3 fois par an. Au fil du temps, avec le développement des formes commerciales, et le développement touristique, les dérogations ont augmenté.

 

Un nouveau contexte législatif

La loi Macron du 6 août 2015 modifie la responsabilité du maire, puisqu'elle lui confie, non plus la responsabilité d'autoriser l'ouverture des magasins de sa commune le dimanche, mais le pouvoir « d'autoriser les commerces de détails à employer des salariés le dimanche ». Désormais, le nombre de dimanches pouvant faire l'objet d'une dérogation municipale est limité à 12. Le maire doit faire délibérer son conseil municipal chaque année avant le 31 décembre pour décider quels dimanches seront autorisés dans l'année suivante.

Le Président de la communauté de Communes est aussi consulté et son avis doit être conforme à celui du maire.