Nous sommes Charlie

Profondément choqués par l’attentat contre Charlie Hebdo, les membres de l’association S2A en appellent à la mobilisation. On ne transige pas quand il s’agit de porter atteinte au fondement même de notre pacte social.

« Je préfère Mourir debout que vivre à genoux. »

Charb était prémonitoire, il y a deux ans, quand il a repris cette phrase forte de symbolique. Ils ont été nombreux à la prononcer : Camus, Malraux, Che Guevara et combien d'anonymes en recherche d'absolu. Mais combien ont été hommes jusqu'au bout de l'idée et quel qu'en soit le prix ?

Charlie Hebdo a payé le prix de la Liberté.

Nombre de ceux qui sont morts le sont parce qu'amis et invités à travailler  en Egalité à cette conférence de rédaction.

Ils ont payé le prix de la Fraternité.

 

Pouvons-nous les laisser seuls ? Allons-nous renoncer à notre héritage et regarder ailleurs ?

Un défi nous est lancé, encore plus grand que celui que les générations qui nous précèdent ont eu à relever dans le XXe siècle d'horreur et d'ignominie car celui-ci est, par notre fonctionnement interconnecté, connu du monde entier.

Un vent s'est levé, nous ne devons pas le laisser se répandre et assécher le cœur des hommes et stériliser la pensée, stériliser la République déjà bien chancelante.

 

Une heure a sonné, sommes-nous capables de répondre au tocsin et de nous retrouver pour défendre la République et surtout ses habitants qui seuls comptent dans ces instants ? Il faut tous les sauver sans aucune sélection effectuée par on ne sait qui sur on ne sait quels critères créés par la peur sans fondement. Parlons cru : allons-nous tomber dans le piège grossier des manipulateurs sans scrupule et frapper nos amis et voisins comme en Bosnie et à Sarajevo dans les années 1990?  

 

Nous sommes tous des citoyens, nos différences nous enrichissent et nous sommes grandis par leur existence qui est la marque de notre Etat, le pays des Droits de l'Homme ce qui signifie encore quelque chose à la surface de la Terre. Face à l'infamie s'interroger au plus profond de  la conscience, humblement se lever et rejoindre la cohorte des Hommes, l'eau de la vie qui éteint le feu destructeur.

 

Dignité, solidarité, silence, « les grandes douleurs sont muettes » (Sénèque).
Soyons muets, mais soyons debout.

 

Et après, seulement après, parler, ensemble, tous, de ce qui nous sépare et de ce qui nous unit, avec la plus grande tolérance qui soit.


Nul ne détient la Vérité. La parole libère l'homme et nous devons être libérés de nos peurs, de nos fantasmes.

Charlie Hebdo y participe depuis toujours, les assaillants ne se sont pas trompés de cible mais espérons qu’ils ont raté leur but, qu’ils ont sorti les Français de leur léthargie, qu’ils ont fédéré toutes les individualités dans une adhésion à la République et ses valeurs. La France est vivante, merci Charlie, ton message semé depuis longtemps a germé et fleuri, tu as gagné, tu es vivant.